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kairouan
Chef-lieu d'un gouvernorat de 450 000 habitants (la ville
elle.même compte 110000 habitants), Kairouan surgit au milieu d'une plaine de
steppe et de maquis qui s'étend aux portes du Sahel. Située au fond d'une
cuvette sablonneuse, la ville est soumise . à un climat chaud et sec; rares en
effet sont les pluies qui tombent, faibles et irrégulières.
Kairouan est reliée par un bon service d'autocars à Tunis,
Zaghouan, Nabeul, Sousse, Sfax, Gabès, Gafsa; les liai+ sons avec Sbeitla et Le
Kef sont plus problématiques, - et il est recommandé de recourir alors aux
services d'un louage.
On ne peut pas ne pas aimer Kairouan, comble de la splendeur
et du raffinement islamiques tunisiens. Ville sainte, on sent dès que l'on
pénètre entre ses remparts que cette ville n'est pas comme les autres: tout
d'abord par la gentillesse de ses habitants qui ont un sens de l'hospitalité
extraordinaire; il est vrai que Kairouan est un lieu de pèlerinage pour tout
l'islam maghrébin et que nombreux sont ceux qui viennent ici sept fois,
compensant ainsi le voyage à La
Mecque que tout musulman devrait accomplir au moins une fois
dans sa vie.
Dans le dédale des ruelles de la médina, les mosquées se
cachent comme de vrais joyaux derrière d'énormes portes ouvragées; après la
prière du soir, la foule en jellabas blanches se presse au café, le chapelet à
la main et le bouquet de jasmin el l'oreille...
Kairouan vit encore au rythme d'ancienne capitale et de
ville sainte, même si les autocars déversent chaque jour un flot ininterrompu
de touristes que l'on guide surtout vers les magasins de tapis... Mais souvent,
pas bien loin, il reste el Kairouan des ruelles ou le temps s'est arrêté...
C'est en 670 qu'Oqba Ibn Nafi installa son campement au beau
milieu d'une steppe inhabitée, ordonnant aux scorpions, serpents et autres
espèces du même genre de quitter la place. Lorsqu'on creusa la terre, l'eau
jaillit, prouvant ainsi la sainteté du lieu: Kairouan était née. La ville fut
construite malgré l'hostilité des populations berbères de la région, qui se regroupèrent
sous la puissance de la
Prophétesse, la
Kahina, et tentèrent de lutter contre les Arabes; mais
ceux-ci sortirent vainqueurs des affrontements et confirmèrent Kairouan dans
son rôle de capitale.
Sous les Aghlabides, au IX siècle, Kairouan devint une riche
cité, mais fut vite détrônée au profit de Mahdia lorsque les Fatimides vinrent
au pouvoir. Il faudra attendre que le troisième calife fatimide revienne à
Kairouan pour que la ville reprenne son statut de capitale, qu'elle partagera
cependant avec sa concurrente. Les Canhajiens, successeurs des Fatimides, s'y
installèrent, jusqu'a l'invasion hilalienne qui ruina Kairouan. Aujourd'hui, si
Tunis est capitale politique, Kairouan garde jalousement son rôle de capitale culturelle
et religieuse; ainsi nous apparaît-elle première ville sacrée du Maghreb.
On peut visiter Kairouan en une seule journée, comme le
proposent toutes les agences de voyage d'Hammamet, de Nabeul ou de Sousse; mais
c'est en y restant davantage que l'on apprécie vraiment cette belle ville qui,
comme voilée de blanc, ne se découvre pas si rapidement.
Il faut obtenir auprès du Syndicat d'Initiative une
autorisation qui permette d'entrer dans les mosquées: on vous demandera à cet
effet de remplir une déclaration par laquelle vous vous engagez el ne pas
troubler le culte. Le Syndicat d'Initiative est située avenue Habib Bourguiba,
juste en face de l'entrée principale de la médina. Il est ouvert en été, de
7h30 à 13h30 et de 15h à 18h; en hiver, il ouvre de 8h30 à 13h et de 15h à
17h45, fermé les vendredi après-midi et les samedi après-midi toute l'année,
ainsi que le dimanche et les jours fériés l'hiver seulement
Consacrez une matinée entière à la visite de la médina, dans
laquelle se trouve la
Grande Mosquée. L'activité des souks est particulièrement
débordante le matin, surtout au souk des Tapis , l'on pratique encore la vente
à la criée (renseignez-vous cependant au Syndicat d'Initiative pour connaître
les heures exactes). L'après-midi, tout le monde fait la sieste et, en été, les
commerces ferment jusqu'à 16h ou 17h.
Si vous avez la chance d'être à Kairouan pendant la fête du
mouled, au cours de laquelle on fête la naissance du prophète, ornés
découvrirez la ville ornée de centaines de tapis que l'on étend accroche
jusqu'aux fenêtres, afin de parer les rues de riches couleurs.
En règle générale, prévoyez des tenues correctes pour la
visite des mosquées (à bannir: shorts, robes courtes, décolletés). Vous
commencerez la visite par le Syndicat d'Initiative; une fois les fonnalités
remplies, traversez la porte Bab ech Chouhada Après avoir admiré les puissants
remparts de la médina. C'est à pied bien sur, qu'il faut se perdre dans les
différents souks qui s'ouvrent alors devant vous: la partie touristique
dépassée, on pénètre dans des galeries sombres ou jeunes et vieux sont déjà .u
travail: on confectionne ici des babouches, ici on coud des jellabas, là les
bourreliers travaillent le cuir, plus loin on entend le son des marteaux contre
le métal... Et voici le souk des Tapis, très animé: on déballe, on vend, on
hèle le touriste. Acheter un tapis, pourquoi pas? Certaines grandes boutiques
de la ville vous assurent même son transport jusqu'à chez vous... Mais sommes nous
bien sur de faire la bonne affaire Méfiance! Car même après un bon marchandage,
il arrive parfois qu'on trouve le même tapis, soldé, beaucoup moins cher dans
un magasin spécialisé de Paris! Mais rien n'empêche, «pour le plaisir des
yeux», vous diront les vendeurs, de jeter un coup d'œil à ces merveilles qui
représentent des mois de travail pénible et souvent mal rémunéré: les mergoum,
les zerbia et les kilim vous séduiront certainement; faites alors attention aux
talents de persuasion des marchands de tapis qui, comme leur nom l'indique,
sont experts en affaires!
Après avoir flané quelque temps dans les souks, prenez la
rue de la mosquée des Trois Portes.., qui débouche derrière le souk aux
Sandales; elle mène à la mosquée, remarquable pour les trois portes certes,
mais surtout pour sa somptueuse façade du IX- siècle sur laquelle deux
inscriptions coufiques encadrent line frise à motif floral.
Dans ce quartier, de nombreux tisserands travaillent à leur métier
dans d'obscures boutiques qu'ils tentent d'égayer par une musique tonitruante.
Pour se diriger vers la Grande Mosquée, on
longera les remparts avant de bifurquer à gauche dans la rue Ibrahim Ibn El
Aghlab.
La
Grande Mosquée, de son vrai nom Djama Sidi Oqba, fut fondée
par le conquérant et le créateur de Kairouan, en 669 détruite, elle fut
reconstruite et agrandie en 774.
L 'édifice actuel est un remaniement de ce dernier
sanctuaire conduit entre 836 et 863. En 1025, 1618, à la fin du XIX Siècle, et,
enfin, en 1972, diverses restaurations le complétèrent. Ce qui frappe tout
d'abord, c'est l'aspect sévère de l'édifice vu de l'extérieur. Puis on pénètre
ensuite dans la cour, immense, en partie dallée de pierre et en partie pavée de
marbre blanc. Les portiques qui en font le tour ont la particularité d'être
pourvus de colonnes de réemploi: toutes proviennent de sites antiques comme le
prouvent leurs chapiteaux; certaines furent même utilisées comme soubassement.
Au centre de la cour, un cadran solaire se dresse sur une
plateforme; des puits aux margelles desquels les chaînes ont laissé d'énormes
entailles, ouvrent sur des citernes qui furent creusées sous la cour afin de
recueillir les eaux de pluie.
Le minaret, du YIII ou IX siècle, semble avoir eu un rôle
défensif: il est haut de 35
mètres, comporte trois étages couronnés d'une coupole.
La salle de prière (dans laquelle les non-musulmans ne
peuvent entrer) est de belle dimension: ses colonnes pour la plupart antiques,
lui donnent une majesté imposante et son mihrab, entouré de somptueuses faïences,
est une admirable œuvre d'art.
Quant au minbar, ou chaire à prêcher, il est réalisé de
panneaux de bois sculpté aux motifs floraux et polygonaux tout à fait
originaux.
On ne manquera pas d'admirer les portes qui s'ouvrent de la
salle de prière sur la galerie; certaines ont été refaites au XIX
siècle, mais elles sont toutes merveilleusement travaillées.
En ressortant de la mosquée, vous suivrez un moment les
remparts par la rue Sidi Abdelkader, qui se continue par la rue de la Kasba; chemin faisant, vos
passerez devant la zaouia de Sidi Abd el Kader, intéressant ensemble
architectural.
A partir de la
Kasba, on reviendra dans la vieille ville: rue de Monastir,
on tournera à gauche dans la rue Salali Soussi afin de reprendre la rue Habib
Bourguiba pour s'arrêter au Bir Barouta.
Le Bir Barouta est un puits bien dissimulé aux yeux des
curieux.
On y accède par une ruelle qui prend juste à gauche du café
Halfouine: une fois montés les escaliers qui conduisent sous une coupole, on a
la surprise de découvrir là un dromadaire aux yeux bandés qui actionne une
noria. Et tandis que l'eau s'écoule vers une fontaine, le gardien demande
quelques piécettes pour la photo!
En revenant vers la porte Bab Ech Chouhada, vous bifurquerez
à gauche dans la rue Gueriani afin d'aller visiter la zaouia de Sidi Abid el
Ghariani: c'est un ensemble de constructions élégantes autour de la sépulture
d'un homme pieux, mort au début du XI siècle. Le vestibule au plafond élégant
permet l'accès à une jolie cour entourée de galeries et ou s'ouvre la salle du
tombeau: là aussi, beau plafond.
Avant de poursuivre vos visites, prenez le temps d'un bon
déjeuner: le couscous, servi surtout à midi, est la spécialité de quelques
restaurants: le Roi du couscous, avenue de la République; le Neptune
rue Habib Thameur, et le restaurant de l'hôtel Splendide, ou l'accueil est fort
sympathique.
Vous consacrerez l'après-midi à la visite de la mosquée du
Barbier, au bassin des Aghlabides et à la zaouia de Sidi Amor Abbada, situés en
dehors de la vieille ville.
Le bassin des Aghlabides: on le découvre non loin de la
route d'Enfida; c'est un réservoir à ciel ouvert construit au IX siècle sous la
forme d'un polygone de 48 côtés mesurant 28 m de diamètre. Le bassin de décantation
situé à côté est plus petit:
37,40 m
de diamètre; il communique avec le réservoir par une ouverture prévue à
quelques mètres du fond.
Du bassin des Aghlabides, gagnez la mosquée du barbier
distante de 500 m;
cette mosquée, de son vrai nom zaouia de Sidi Sahah, est le lieu de sépulture
de l'un des compagnons du Prophète. Son surnom lui vint de ce que le saint homme
portait toujours sur lui trois poils de la barbe de son maître en signe de
vénération. On peut dire sans exagération que cet édifice est un pur
chef-d'œuvre de l'art arabe, surtout pour plafonds de stuc ouvragé et les faïences
décorant ses murs.
D'origine très ancienne, elle fut remaniée de nombreuses
fois cours des siècles mais fut surtout très retouchée au XIX vaste cour qui
précède le vestibule donne accès à une école coranique (médersa) que l'on ne
peut visiter. Le vestibule agréables proportions, présente déjà de beaux
spécimens de et de stuc ouvragé. Quelques marches mènent à un couloir bordé
d'une colonnade et décoré également de stucs sculptés et de faÏences. Puis on
entre dans un second vestibule, dont la décoration est une pure merveille et
qui est couvert d'une coupole. La seconde cour à colonnade précède le
sanctuaire ou trône le tombeau du Saint. On n'y pénètre pas, mais à la porte,
le gardien insiste toujours pour vous parfumer de quelques gouttes d'eau de
rose... moyennant finance, bien sur!
En revenant vers la ville, faites un détour par la zaouia de
Sidi Amor Abbada, surnommée la mosquée des Sabres; elle fut édifiée vers 1860
et renferme un petit musée des Arts et Traditions populaires (entrée libre) ou
sont exposés divers objets et souvenirs de Sidi Abbada, en particulier une
collection de sabres (d'ou son nom).
Vous pourrez alors quitter Kairouan, mais pas sans avoir goûté
l'une des pâtisseries favorites des habitants, les makhroud, sortes de gâteaux
préparés à base de dattes et de miel... Les pâtisseries ne manquent pas dans la
vieille ville, surtout à l'entrée des souks.
AUX ENVIRONS
Reqqada: on empruntera la route de Sfax afin de se rendre à 9 km, aux ruines de la
résidence fastueuse que les souverains aghlabides se firent construire. Il ne
reste désormais que les fondations des palais, hammams, souks et mosquées qui
furent vraisemblablement détruits au cours de l'invasion hilalienne du XIe
siècle. Seul l'immense bassin de décantation est relativement bien conservé,
l'ensemble du site donnant une impression de désolation.
A quelques centaines de mètres des vestiges a été construit
un palais destiné en 1970 à la présidence de la République, mais dans
lequel on a aménagé un important musée national d'Art islamique (visite payante
tous les jours sauf le lundi de 9h à 12h et de 14h30 à 17h30). Vous y verrez
des objets provenant essentiellement de Kairouan, auxquels s'ajoutent les
résultats des fouilles entreprises à Reqqada: bijoux, lampes à huile, pièces de
monnaie, reliures du Coran, parchemins en peau de gazelle, etc.. .
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