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CARTHAGE

Située à 17 km de Tunis, l'ancienne capitale est aujourd'hui une paisible banlieue.

Carthage est reliée à la nouvelle capitale par le T.G.M., + train qui fonctionne entre Tunis (départ à l'extrémité de l'avenue Bourguiba) et La Marsa. Plusieurs stations à Carthage permettent l'accès aux différents sites:

«Carthage-Hannibal» pour les thermes d'Antonin, l'excathédrale, les fouilles de Byrsa, le Musée national et l'Amphithéâtre; «Carthage- Byrsa» pour l'ancien port de guerre; «Carthage-Salammbô» pour le sanctuaire de Tanit et l'ancien port marchand.

Aujourd'hui, Carthage est une bien paisible banlieue résidentielle et rien dans le tracé de ses rues bordées de belles villas blanches ne laisse supposer qu'elle fut jadis le théâtre de cruels conflits. Votre imagination sera mise à l'épreuve pour la visite de ce qui fut un temps la métropole la plus riche du monde, car les ruines de Carthage ne sont plus qu'un très pâle reflet de ce que fut la grande capitale punique et romaine.

Carthage fut fondée en 814 av. J.-C. par Didon, la sœur du roi de Tyr, qui, fuyant le despotisme de son frère, s'embarqua avec de nombreux tyriens hostiles au roi vers la Tunisie, via Chypre. La nouvelle ville, Qart Hadasht, va asseoir petit à petit sa puissance dans le monde méditerranéen, commerçant avec les territoires que visitaient sa flotte et ses marchands. Au cours du V siècle, Carthage atteint son apogée grâce à ses opérations de troc avec les populations d'Afrique du Nord, puis avec celles de la côte atlantique pour aboutir au contrôle de la route de l'or et de celle de l'étain. La lutte contre les Grecs mobilisera Carthage pendant près d'un siècle, puis des relations avec l'Egypte des Ptolémées se noueront, permettant aux Puniques de retrouver en Méditerranée orientale une puissance que la Grece décadente, affaiblie par la mort d'Alexandre le Grand, ne pouvait plus tenir en échec.

Mais c'est avec Rome que Carthage entre bientôt en conflit: la possession de la Sicile sera le prétexte de la première guerre punique qui se termina en 241 av. J.-C. par la défaite des Carthaginois. De 241 à 227, la révolte des mercenaires revenus de Sicile ensanglantera la métropole; Flaubert a merveilleusement bien décrit dans SalammbO cette tragédie au cours de laquelle le général Hamilcar fit écraser les armées rebelles par des éléphants. A peine relevée, Carthage doit faire face, en 219, à un ultimatum de Rome, inquiète de la renaissance de sa rivale: c'est alors que l'extraordinaire raid d'Hannibal, le fils d'Hamilcar parti fonder en Espagne un nouvel empire, s'organise. Apres avoir franchi les Pyrénées, le Rhône et les Alpes, Hannibal atteint les murs de Rome qu'il doit abandonner faute de renforts.

Rappelé en Afrique pour combattre Scipion, il sera défait à la bataille de Zama, en 202, fin de la deuxième guerre punique qui enlèvera à Carthage sa puissance maritime et militaire.

Forte de sa victoire, Rome va soumettre Carthage à une série d'ultimatums, sommant ses 700 000 habitants d'abandonner leur ville;

Ceux-ci refusent et organisent leur défense: la troisième guerre punique aboutit, après trois ans de siège, à la victoire totale de Rome, au pillage de Carthage et à la réduction en esclavage des survivants...

La civilisation punique avait vécu.

La position géographique de Carthage ne pouvait qu'intéresser les Romains. Apres un abandon de plus d'un siecle, César, puis Auguste, travailleront à la reconstruction de la capitale devenue le centre de la Provincia Africa: la Nouvelle Carthage allait devenir un grand centre intellectuel et artistique, synonyme d'opulence et de luxe vers la moitié du Il. siecle de notre ere. C'est par elle que le christianisme allait se répandre en Afrique du Nord, avant qu'elle ne soit prise par les Vandales de Genséric en 436. Byzance s'impose en 534, puis la ville est conquise par les Arabes en 692; délaissée, elle ne servira plus ensuite que de carrière pour la construction de Tunis.

Comptez une bonne demi-journée pour la visite de Carthage;

il faut commencer par le Musée national, qui est une bonne introduction à la Carthage punique; les fouilles de Byrsa sont les ruines les plus intéressantes de tout Carthage.

Descendez à la gare T.G.M. «Carthage-Hannibal», et remontez sur la droite vers la colline de Byrsa; par la rue Mendès France, quelques marches vous mèneront à l'ancienne cathédrale Saint-Louis, grand édifice de style byzantin- mauresque, qui fut désaffecté après l'Indépendance: beau point de vue sur Carthage et la baie de Tunis. Derrière la cathédrale, les bâtiments de l'ancien couvent des Pères Blancs abritent le Musée national de Carthage, qui jouxte le champ de fouilles de la colline de Byrsa (entrée payante tous les jours sauf jours fériés, de 8 h à 19 h en été et de 9 h à 17 h en hiver).

Le musée est constitué d'un bâtiment à deux niveaux, consacré à l'archéologie punique. Au rez-de-chaussée, une intéressante rétrospective de l'évolution de Byrsa décompose celle-ci en plusieurs époques: la Byrsa archaïque et la nécropole punique, l'époque de la métallurgie, la construction de la ville dont on peut voir aujourd'hui les ruines, en contrebas du musée. Stèles funéraires et sarcophages occupent les salles avoisinantes.

Au premier étage, une excellente explication de l'histoire de Carthage et des guerres puniques anime l'exposition d'objets relatifs aux différentes époques.

Le plus passionnant reste la visite du champ de fouilles, que la maquette exposée au musée permet de comprendre avec justesse: on situera immédiatement les bâtiments d'époque romaine qui recouvraient un quartier d'habitations puniques remontant au début du n. siècle avant J -C. La ville punique, une des seules qu'on ait découverte à ce jour, était constituée d'Îlots de maisons réparties le long de rues perpendiculaires; un carrefour entre deux rues laisse supposer la présence d'une place ou devaient se tenir des boutiques, si l'on en juge par les fragments qui y ont été retrouvés.

Les amateurs pourront aller jeter un coup d'œil â l'amphithéâtre et aux citernes de la Malga, mais si votre temps est compté, dirigez-vous vers la gare T.G.M., puis descendez vers la mer pour commencer la visite de la Carthage romaine, avec les thermes d'Antonin (visite payante t.l.j. de 7h el 19h en été, de 8h à 17h en hiver).

Les thermes d'Antonin sont les vestiges les plus prestigieux de Carthage: plantés dans un cadre magnifique, ils laissent aller à la rêverie... Comment ne pas tenter d'imaginer cette cité romaine ou la douceur de vivre, les fastes, le niveau de culture devaient éblouir le visiteur! Les thermes, commencés sous Hadrien, furent terminés entre 145 et 162: ce que l'on découvre depuis la terrasse aménagée sur le site, ce sont les sous-sols; la partie ou se trouvaient bains et salles de réunions a presque totalement disparu: seules trois colonnes, témoins de leur temps, donnent une idée de la hauteur de l'étage supérieur.

On continuera la visite par le théâtre et l'Odéon, en revenant vers la voie du T.G.M.

Le théâtre, qui occupe une cuvette naturelle, a été très restaure et est utilise en été comme cadre du festival de Carthage.

L'Odéon, lui, au sommet d'une colline, fut bâti de 205 el 210 sous le régime de Septime-Sévère, pour la célébration de jeux. Détruit par les Vandales, on en reconnaît cependant l'orchestre et les niches de la scène ou étaient placées des statues de grandeur nature.

Un peu plus loin, le parc des villas romaines est un ancien quartier d'habitations qui fut construit sur l'emplacement d'une nécropole punique (billet d'entrée du Musée national valable pour la visite).

On reviendra à la station de T.G.M. pour se rendre el la station de «Carthage- Salammbô», afin de continuer la visite de la Carthage punique.

Le Tophet est le plus ancien lieu de ce culte punique (visite payante de 7 h el 19 h en été et de 8 h el 17 h en hiver). L'aspect actuel du Tophet (quelques stèles éparses) ne pourra rappeler l'importance de ce sanctuaire qui fut dédié au dieu Baal Hammon, puis au V. siècle, à la déesse Tanit. C'est ici qu'on a mis au jour des urnes renfermant les cendres de milliers d'enfants, victimes des sacrifices auxquels se livraient les Carthaginois. On estime que 70000 enfants furent offerts au redoutable dieu tutélaire de Carthage pendant toutes les crises graves auxquelles la cité fut soumise, afin d'obtenir qu'elle soit sauvée des Barbares.

C'est donc à cet endroit, si paisible de nos jours, qu'eurent lieu pendant sept siècles les sacrifices des enfants des familles nobles, qui étaient d'abord égorgés puis brûlés sur le bûcher; leurs cendres recueillies dans les urnes étaient ensuite enterrées dans l'enceinte sacrée. Ce n'est qu'à partir du VIe siècle que des stèles marquèrent l'emplacement de chaque urne; elle porteront alors souvent le signe de Tanit, figure géométrique représentant, selon les hypothèses, le disque solaire coiffé du croissant renversé ou un personnage en prière levant les bras. Ces holocaustes qui firent la réputation de Carthage furent cependant limités à partir du IVe siècle, ou des victimes animales servirent aux sacrifices; mais l'horrible tradition se raviva au moment des guerres puniques.

Les anciens ports puniques se trouvent non loin du Tophet: ils sont vaguement reconnaissables à leurs contours peu précis, mais on distingue cependant clairement l'emplacement de l'ancien port de commerce, qui ouvrait jadis sur la mer par un goulet.

Plus au nord se trouve l'ancien port militaire, mieux conservé, avec en son centre une île sur laquelle, aujourd'hui, un petit antiquarium présente des maquettes des deux ports.

On terminera la visite de Carthage sur cette image: celle du commerce qui fit la richesse de la cité, la propulsant vers une politique de grande envergure; on essaiera d'imaginer la flotte puissante revenant ici, au port, après des mois de navigation, acclamée par une foule colorée, attendue pour les richesses qu'elle rapportait... Alors déjà les tables du port devaient regorger de poissons: aujourd'hui, le restaurant Neptune en fait sa spécialité (vers la station «Carthage-Hannibal»).

Mais c'est à Sidi Bou SaÏd, à la terrasse du restaurant le Pirate, que vous trouverez calme et bonne chère: les dorades et les crevettes sont ici un véritable régal et le vin blanc local frais à point!